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samedi 19 juillet 2014

Les musiques de Louisiane (2) : lâche pas la patate !

Drapeau de l'Acadiana au premier plan, puis celui de la Louisiane et enfin le drapeau américain.

La musique est très riche en Louisiane, particulièrement à la Nouvelle Orléans. Cependant, les artistes ont trouvé d'autres terrains de jeux. La ville de Lafayette, et toute l'Acadiana, conserve et fait vivre des musiques entrainantes à souhait.  Nous allons parler dans cet article de la musique cadienne. Alors, prêts à danser ?!

Tout d'abord, il me semble que c'est principalement grâce à la musique que l'identité culturelle cadienne a su rester si vivante en Louisiane. Depuis les années 80, l'immersion française dans les écoles publiques de l'Etat permet à la jeune génération de relever le défi de comprendre les paroles des anciennes chansons et d'écrire de nouveaux morceaux en français. Les nombreux festivals, où musique et spécialités culinaires sont de mises, représentent autant d'occasion de danser et d'écouter de la musique.


Concert au festival de l'omelette géante (oui, oui !) d'Abbeville.
On trouve dans le sud de la Louisiane, l'Acadiana (province où l'on parle le plus français en Louisiane) 5 à 7 % de francophones. Selon les sources les chiffres varient (beaucoup) entre 260 000 et 700 000 cadiens ! Ils ont composé des chansons qui aujourd'hui font partie du répertoire traditionnel. Nous ne parlerons pas ici des hymnes religieux du dimanche bien qu'ils aient une importance certaine pour une communauté de fervents catholiques.


Pour un rappel de l'histoire des Cadiens, je vous laisse aller sur cet article.

Vocabulaire : 
Le "lâche pas la patate" du titre de l'article correspond à une expression très utilisée et même à une chanson et une danse (les couples doivent faire tenir entre leurs fronts une patate). Elle encourage à tenir bon !

Fais dodo : c'est le nom donné aux bals de maison du samedi soir. A l'époque où les Cadiens étaient des fermiers ou pêcheurs isolés des villes et de leurs voisins, ils organisaient une fête en commun le week-end. L'un d'eux proposait sa maison, la vidait de ses meubles pour faire de la place pour l'orchestre et les danseurs à l'intérieur. Qui savait jouer du violon, qui du triangle qui de la guitare. Les chansons du répertoire étaient connues de tous. C'était, et c'est encore, l'occasion pour les jeunes musiciens de jouer pour un public. Aujourd'hui, on appelle encore "Fais dodo" un bal organisé en plein air le week-end. Mais d'où vient ce nom ? Et bien, à l'origine les familles étaient nombreuses (souvent 10 enfants) et il n'y avait pas de baby sitter. On aménageait une pièce pour que les enfants puissent dormir pendant que les parents dansaient. A la fin du bal, ils allaient discrètement dans la pièce sombre récupérer leur progéniture. On raconte que certains se trompaient d'enfants ! Mais que la messe du lendemain permettait de restituer les bébés à leurs véritables parents...


Les instruments :
Le violon, apporté avant la Révolution par les fils d'aristocrate et de marchands. Mais aussi l'accordéon diatonique (à partir du XIXème via les immigrants d'Allemagne). La guitare (dès 1898, venant du Mexique et du Texas) et la contrebasse. 

Jules, musicien au musée Vermilionville de Lafayette


Au début, il fallait choisir entre l'accordéon et le violon car ils ne faisaient pas bon ménage. Jusqu'au jour où de nouveaux accordéons ont permis de jouer avec les violons. Les violons se retrouvent alors accompagnateurs, au même titre que la guitare. 

Merlin, musicien au musée Vermilionville de Lafayette

Pour le rythme, on utilise le triangle (ou "ti-fer"), les cuillères frappées l'une sur l'autre, la planche à laver (ou frottoir) mais aussi les mains et les pieds. La clarinette, le biniou, la vielle et la trompette sont importés du Poitou et de Bretagne. Le piano étant trop fragile dans un climat subtropical humide et intransportable c'est l'harmonica qui était le plus utilisé pour les bals. Le chant n'est pas très plaisant à écouter dans les vieux enregistrements. Sans micro, l'interprète devait s'égosiller ...


Brève histoire de la musique :
Nous n'avons que peu d'écrits sur la musique cadienne car la transmission se faisait oralement, de génération en génération. Les premiers enregistrements ont lieu grâce aux ethnomusicologues des années 1930. La musique cadienne est un mélange d'influences allemandes, espagnoles, écossaises, irlandaises, antillaises et indiennes à partir d'une base traditionnelle (rondes importées de France, valses et polkas d'Europe centrale, jigs et reels celtes). On retrouve dans la musique cadienne ancienne la tonalité plaintive bluesy inspirée des esclaves notamment. On pense aussi aux ballades et comptines, aux chansons à boire et autres chants de soldats issus de la France du Moyen-Age, de la Renaissance et du XVIIème. Les couplets sont souvent adaptés de nouvelles paroles. "Cadet Roussel" fait partie de ces chansons.


Le premier disque date de 1928 avec les standards "Allons à Lafayette", "Valse qui m'a porté en terre", "Jolie blonde", etc. Puis, la radio a imposé de nouveaux genres de musique comme le western swing, la country que les cadiens ont incorporé en partie dans leur style pour continuer à jouer et faire danser.
1965 marque la renaissance de la musique cadienne traditionnelle chantée en français.. Des labels indépendants voient le jour comme "Fais dodo", "Cajun classics" ou "Kajun". Mais le rock'n'roll constitue une vraie menace pour l'identité culturelle cadienne. Pour empêcher cette musique de tomber dans l'oubli il a fallu l'aide des ethnomusicologues pour pousser les programmateurs de concerts à considérer la musique cadienne comme folk, l'encouragement du festival de musique cadienne dès 1974, l'engagement du violoniste Dewey Balfa et la création du CODOFIL en 1968 pour la préservation du français à l'école publique (programme d'immersion française). Aujourd'hui, des artistes comme Michael Doucet, Zachary Richard ou Wayne Toups font évoluer leur musique tout en se réclamant de la tradition francophone.



Ma sélection de titres :
1) Pour une vidéo du tube cadien "Dans la porte en arrière" par le groupe Jambalaya (les vieux de la vieille !) et un court extrait du jeune groupe Feufollet, rendez-vous à l'article "Downtown Lafayette".

La version avec le compositeur DL Menard :


Il dit que c'est sa chanson préférée. Elle raconte ses escapades, à toujours passer par la porte de derrière après le bal ou même pour sortir du bureau du shériff après une interpellation !

2) Trouvez dans cet article la vidéo de la chanson du Mardi Gras cadien lorsqu'on demande la charité ainsi que toutes les explications concernant le contexte.


3) Zachary Richard et l'émouvante chanson « Réveille » :


Le tee-shirt du deuxième chanteur rappelle la date du Grand Dérangement : 1755.
Les paroles sont sur son site officiel. Toute la trajectoire des Acadiens y est contée. Les goddams sont les Anglais. Beausoleil est un Acadien résistant qui a pu survivre dans la nature avec un petit groupe en échappant au Grand Dérangement, grâce aux Indiens Micmacs. Après bien des péripéties, il a pu monter en 1975 une expédition avec 5 navires afin de s'établir en Louisiane avec ses congénères. Hélas, il meurt de la fièvre jaune peu de temps après. Il a permis a beaucoup de familles de s'installer dans une contrée francophone et catholique hospitalière.

Tombes commémoratives au mémorial des Cadiens à St Martinville

4 ) Joseph Falcon “Allons à Lafayette »


Cette chanson parle de l'exode rural du début du XXème siècle, quand les Cadiens sont allés travailler dans les complexes pétroliers de Lafayette mais aussi Baton Rouge (la capitale). Pour les paroles, c'est sur le site Cajun lyrics.

5 ) Hank Williams et le tube « Jambalaya - on the bayou » (en anglais) :


Il dit qu'il rejoint sa chérie Yvonne pour une fête sur le bayou. Au menu, les spécialités culinaires : Jambalaya, tarte aux écrevisses et soupe Gumbo. Typiquement louisianais !

6) Austin Pitre : « Bayou teche two steps »


Les paroles traduisent la souffrance d'un homme qui ne comprend pas pourquoi sa chérie le laisse tomber...
Le "two step" du titre est une indication pour les danseurs. Il faut faire deux pas à droite puis deux pas à gauche. L'autre rythme pour les danseurs est le 1-2-3 de la valse.

Danseurs au Crawfish festival, festival d'écrevisses de Pont Breaux


7) Feufollet : ”Au fond du lac”
 

On passe à la jeune génération avec ce groupe issu de l'immersion française. Cette chanson parle (encore !) de l'amour qui tourne mal... Les paroles (et des vidéos) sur leur site.

8) Lost Bayou Ramblers : "Carolina blues”

Je les adore ! Enregistrée au Blue Moon Saloon de Lafayette, c'est encore une chanson sur l'amour déçu. Vous trouverez les paroles sur leur site.

9) Bonsoir Catin : “Mon aimable brune”

Un groupe de filles ! A savoir : une catin en français cadien veut dire une poupée. Dans cette chanson à boire, l'amour et le vin sont honorés comme il se doit. Retrouvez les en vidéo sur cette page de leur site.

10 ) Horace Trahan : “People here know how to party”


Cette chanson bilingue parle d'une chose essentielle chez les Cadiens : ils savent faire la fête ! Après avoir travaillé dur toute la semaine, la famille se réunit et célèbre le week-end en musique et en danse. J'aime particulièrement Horace Trahan car il s'est ouvert à d'autres styles de musique comme le reggae et le Zydeco (prochain articles dans cette série sur les musiques de Louisiane). Sont site est très sympa et on peut y découvrir d'autres vidéos.

Autres groupes et artistes à découvrir :

- Sonny Landreth
- Hadley J. Castille
- Michael Doucet
- Pine Leaf Boys
- Steve Riley and the Mamou Playboys
- Joel Savoy
- Les Malfecteurs
- Yvette Landry (country)





Les lieux que nous avons testés :

Breaux bridge :
Café des Amis (brunch du dimanche matin)

A Eunice :
Liberty center

 
A Lafayette :
Randol's
Downtown alive ! (place Sans Souci ou place Internationale)
The Feed and Seed
Vermilionville tous les dimanches + Jams (boeufs) les samedis
Blue Dog Café (brunch du dimanche matin)
Blue Moon Saloon.

Retrouvez ces lieux pour danser et écouter de la musique "live" à Lafayette.
Toujours à Lafayette, ne ratez pas les Festival Acadien et créole, Festival International. 
 
Affiche de l'édition 2010

Édition 2012


Si vous ne pouvez traverser l’Atlantique, peut-être irez vous en Bourgogne (Saulieu) en août pour ce festival unique en France.
ou... écoutez le français cadien en direct sur les web-radios (attention au décalage horaire : - 7 heures) :

KRVSBonjour Louisiane

Bibliographie :
"Louisiane, musique cajun, zydeco et blues" Sebastien DANCHIN, PUF, 1995.

Pour quelques dollars de plus, demandez votre plaque d'immatriculation cadienne !

vendredi 30 mars 2012

Un village acadien et créole : Vermilionville


On reprend cette semaine la découverte des sites à visiter dans notre belle paroisse, au cœur de la région (a)cadienne. Je connais bien Vermilionville puisque j'y travaille en tant que guide. Grâce à l'équipe, j'ai exploré l'histoire des acadiens/cadiens et de la Louisiane. Suivez le guide !

Vous m'aviez reconnue ?!
Le but de cet article est de vous donner des repères et envie d'en savoir plus. Ce n'est pas un cours magistral, ok !

Tout d'abord Vermilionville c'est un éco-musée où travaillent des artisans pour reconstituer la vie quotidienne des acadiens arrivés en Louisiane entre 1755 et 1785. Mais on parle aussi des Indiens, des esclaves, des gens de couleur libres et des Créoles vivant au même endroit et à la même époque ; il y a 200 ans.

Vermilionville c'est aussi le premier nom de la ville de Lafayette. Le bayou (mot indien signifiant rivière coulant lentement) Vermilion traverse Lafayette et passe tout près des maisons de notre musée en plein air. D'ailleurs, comme à l'époque, toutes les maisons font face à l'eau. En effet, le bayou était l'équivalent de la route de l'époque. Et quoi de plus pratique que d'habiter en face du bayou ?! Chacun avait un bateau ou pirogue et circulait sur le bayou pour pêcher, chasser, aller à l'école, etc. Aujourd'hui on peut faire des balades en canoé sur le Vermilion :





Pour les non-sportifs il y a le bateau à moteur :




Petit rappel sur l'histoire des Cadiens : ils étaient tout d'abord des français originaires principalement du Poitou mais aussi de Normandie ou de Bretagne. Aidés par les Indiens Micmacs, ils se sont installés à partir de 1604 en Nouvelle France ou Acadie (aujourd'hui au Canada -Nouveau Brunswick, Nouvelle Écosse- et le nord du Maine). La France et l’Angleterre se sont déchirées pendant des années pour ses territoires du nouveau monde. En 1713 est signé le traité d'Utrecht : l'Angleterre obtient le territoire de la Nouvelle Écosse. Après une période de tolérance de la part des Anglais, ils décident en 1755 de mettre en œuvre le Grand Dérangement : la déportation de 10 000 Acadiens. Les maris et femmes sont séparés. Les biens confisqués. Ils sont envoyés dans les 13 colonies de Nouvelle Angleterre. Beaucoup périssent dans les bateaux insalubres ou meurent de faim dans les colonies qui ne les accueillent pas bien. Certains rentrent en France, d'autres vont en Haïti. D'autres encore se retrouvent en Louisiane. En effet, le gouvernement espagnol (depuis le traité de Paris de 1763 et jusqu'en 1800) leur donnent des terres et des outils et les Acadiens s'installent soit près des bayous et marais soit dans les prairies (autour de Lafayette). Au début du 19ème siècle, entre 3000 et 4000 Acadiens s'étaient installés en Louisiane. Ils recréent leur communauté francophone parmi les Créoles. S'emploient comme fermiers, bucherons, pêcheurs, trappeurs. Une minorité deviendront propriétaires de plantations.


Carte des mouvements de migrations des Acadiens avec le Grand Dérangement
On a commencé a appeler les Acadiens "Cadiens" à la Guerre de Secession. Les "Yankees" qui brulaient les fermes ont raccourci leur nom. C'est devenus un terme péjoratif pour certains, désignant une population illéttrée et pauvre. Depuis, les Acadiens qui sont devenus avocats ou riches commerçants se disent américains et non Cadiens. Les américains ne sachant prononcer le "d" de Cadiens finissent par les appeler "Cajuns".


La plupart des maisons de Vermilionville ont été données par des particuliers. Elles proviennent de familles riches qui avaient des plantations et des ranchs (vacherie en cadien). Cependant, la majorité des maisons acadiennes de l'époque n'avaient qu'une pièce. En effet, la cuisine et les toilettes étaient toujours séparées.

Exemple de cuisine :


Il y avait deux causes de mortalité chez les femmes : la première c'est la mise au monde d'un enfant. La deuxième c'est de prendre feu. Avec les grandes robes qu'elles avaient et le travail près de la cheminée, on pouvait vite s'enflammer et brûler toute la maison. C'est pourquoi les cuisines étaient séparées de l'habitation principale. La chaleur et les odeurs constituent d'autres raisons pour justifier cette séparation.

Les maisons étaient aussi très isolées les unes des autres, 1-2 km environ. Voici une maison typique du sud de la Louisiane : surélevée, en bousillage et bois de cypre, avec les escaliers qui mènent à la garçonnière.


Le bousillage est la mixture faite de boue et de barbe espagnole. C'est le même principe que le pisé dans la Dombes par exemple. Le mur est en colombage et on applique le bousillage entre les poteaux de bois, comme isolation. Tous les matériaux se trouvaient sur place, c'est pratique !

Voici à quoi ressemble la barbe espagnole :


La barbe espagnole (mot inspiré par les conquistadors) est cette plante qui pend aux branches des arbres et buissons en Louisiane. Ce n'est pas un parasite et ça ne fait pas de racines. Ça vit de l'air et de l'humidité. On peut facilement l'enlever de l'arbre afin de l'utiliser pour le bousillage mais aussi pour rembourrer les matelas, les coussins, ... Chevrolet s'en servait un moment pour les sièges de ses automobiles.

La garçonnière désigne le lieu où dormaient les garçons à partir de 12-13 ans (l'âge adulte à l'époque). Comme les escaliers sont à l'extérieur, ils pouvaient aller et venir à leur guise alors que les filles aînées, elles, avaient leur chambre au bout de celle des parents. Pas d'escapades pour elles !

Voici une cabane indienne. Elle est faite en roseau, bousillage et latanier (couverture du toit). Elle pouvait abriter toute une famille.


Les indiens ont beaucoup aidé les acadiens à leur arrivée en Louisiane. Ils ont notamment montré la technique du bousillage et partagé bien d'autres connaissances nécessaires à la survie dans ce nouvel environnement, si différent de l'Acadie.

Four extérieur indien, en bousillage.
On continue avec l'école : pour en savoir plus cliquez ici et chercher cette phrase : " Ce programme d'immersion existe grâce au CODOFIL..."

J'aime bien jouer à la maîtresse !
La forge :



Le seul endroit où on faisait faire des outils. Le forgeron fabriquait des clous et outils pour la construction ou le travail des champs. Souvent au centre du village, les gens venaient y faire leur commande le dimanche avant l'église. L'occasion idéale pour raconter les derniers ragots !

L'église catholique :


Avant l'achat de la Louisiane par les américains, en 1803, la seule religion légale en Louisiane était le catholicisme. Les premiers colons français mais aussi les espagnols et les acadiens étaient catholiques. Les propriétaires d'esclaves avaient l'obligation de leur donner une éducation religieuse catholique (à défaut d'une éducation tout court). Quand les américains ont commencé à s'installer en Louisiane, il y a eu un choc des cultures. Pour se démarquer d'eux les personnes nées en Louisiane étaient appelés Créoles, quels que soient leur statut social et leur couleur de peau. Aujourd'hui, le mot Créole a évolué et désigne plutôt les personnes de couleur nées en Louisiane. Le Créole c'est aussi une langue, une cuisine, très liée à la ville de la Nouvelle Orléans.

Je vous présente les artisans qui montrent les savoir-faire de l'époque, ici c'est le filage du coton avec Brenda :


Jules et son accordéon :


Greg en train de fabriquer un filet de pêche :


Cliff, qui sculpte le bois :


En bref il faut retenir que la Louisiane a accueilli sur son sol des gens de toutes origines (Indiens, Français, espagnols, acadiens, africains mais aussi allemands, etc). Ils ont su s'adapter à son climat et ses richesses. Il y a 200 ans on faisait soi-même ses vêtements, ses bougies, ses légumes et tout un tas d'autres produits qu'on achète aujourd'hui au supermarché.

Si vous venez à Vermilionville sachez qu'il y a un restaurant ouvert pour le déjeuner. Ne ratez pas les concerts du dimanche ; surtout des têtes blanches mais quelle pêche ! Les santiags et chapeaux de cow-boys sont au rendez-vous et certains messieurs parlent français et veulent vous ramener chez vous... Il y a aussi un boeuf tous les samedis. Ils organisent aussi des journées spéciales où ils invitent soit les tribus indiennes de Louisiane, soit des associations environnementales et suivent les fêtes (Toussaint, Noel, Mardi Gras, etc).

Si vous avez envie d'en savoir plus sur un sujet, vous avez trois possibilités :
1) faire un commentaire et poser votre question. J'essaierai d'y répondre du mieux que je peux
2) chercher les infos sur Internet ou dans votre bibliothèque municipale
3) visiter Vermilionville et découvrez par vous-même la Louisiane.

On se retrouve bientôt pour plus d'infos sur les Indiens de Louisiane !

mercredi 2 mars 2011

Le bassin de l'Atchafalaya



Après le Pow Wow dans un gymnase et avant la folie de Mardi Gras à la Nouvelle Orléans, on se met au vert avec quelques images du bassin de l'Atchafalaya. Nous nous sommes rendus à Mc Gee's landing. C'est un restaurant-dancing-magasin de souvenirs qui propose aussi des visites guidées en bateau du marécage ou "swamp tours" à Henderson (à 30 minutes de Lafayette).

Notre guide et son chien, qui se prenait pour un perroquet !
On a parcouru probablement que 5% du bassin car celui-ci est très étendu et ses contours tortueux. Selon le guide, il s'étend sur environ 225 km de long et une trentaine de km de large. Cette dimension varie énormément selon les précipitations et les saisons. Au début, c'est difficile de dire "Atchafalaya" sans se tromper. Essayer, vous allez voir ! C'est un mot indien qui veut dire "grande rivière".

L'histoire de ce lieu est très intéressante car les Cadiens et les Indiens ont cohabité pendant des années. Ils parlaient français entre eux jusqu'au milieu du XXème siècle, sans se préoccuper des "voisins"américains ! On chassait les animaux pour leurs peaux et on coupait les cyprès pour bâtir des maisons flottantes. Le cyprès a la particularité d'être imputrescible. Il est également détesté des termites, ce qui n'est pas négligeable dans ces régions oú ils prolifèrent.

Vous aviez vu une vidéo sur le premier billet du road trip en Floride. Voici quelques photos :

On retrouve les cyprès et les saules recouverts de mousse espagnole et immergés, comme au lac Martin. C'est tout simplement magnifique.




On retrouve les grands oiseaux :

Promis, ce n'est pas moi qui ai donné l'effet Email Diamant sur l'aigrette, c'est naturel !

Marché aux fleurs...

Grand héron bleu
Mais aussi les petits !


Difficile de voir les alligators ce jour là car le guide avait un nouveau bateau. Ne connaissant pas cet inconnu, ils se méfiaient et préféraient garder leurs distances.

Trouvez l'alligator !

Ceci est un petit échantillon de la vie animale. Mais c'est la nuit qu'il y a le plus de mouvements : entre les ratons laveurs et les ragondins, les tortues et les écrevisses, sans parler des différentes espèces de poissons. Les pêcheurs de grenouilles géantes (bullfrog) le savent bien, eux qui sortent le soir au risque de se faire déposséder de leurs prises par des serpents affamés (j'en fais un peu trop là !). Notre guide a fait l'expérience d'un coup de boule donné par une carpe d'Asie !! La concurrence est rude.

Il y avait une voie de chemin de fer qui passait là jusqu'en 1927, date d'une terrible inondation. Il reste quelques vestiges :
Un train passait sur l'eau !

Le pont et ses pylônes de 40 m de long, terminé en 1973 après 6 ans de travaux.

Vue du pont

Cuisine cadienne au restaurant et vue panoramique sur le bassin...




On nous a déconseillé de faire un tour en "air boat" car ils sont très bruyants et font peur aux animaux :


Comme promis, le prochain billet sera consacré à Mardi Gras. Tout le monde ici prépare son costume, même les chiens ! Mais vous saurez tout la semaine prochaine !!

lundi 17 janvier 2011

Un américain vous raconte sa Louisiane.

Lorsque nous sommes arrivés en Louisiane, nous avons rencontré un américain pas comme les autres. En effet, son humour, sa façon de décrire son pays, sa passion dévorante pour les livres de tout acabit nous ont tout de suite attirés et donnés envie de le connaître. Il a bien voulu se prêter au jeu de l'interview et nous décrit sa façon de voir son pays, l'American dream (une réussite financière rapide) mais aussi les travers de la société et des Américains.

Qui êtes-vous ?
Le nom de jeune fille de ma mère était Kebodeaux, qui est Cadien. Le grand-père de mon grand-père, Ora Rigsby, a combattu aux côtés de la Confédération pendant la guerre civile. Je suis également un descendant des Amérindiens, mais le nom de la tribu a été perdu. Pour autant que je sache, mon nom de famille vient d'Angleterre. Tout ce mélange fait de moi un américain type.

Quels sont les bons et les mauvais côté des U.S.A. ?
Je suis fier d'être Américain. Ça semble très cliché, mais c'est vrai. L'Amerique est l'une des plus anciennes républiques démocratiques au monde. Notre Constitution nous gouverne depuis plus de 200 ans. Il y a autant d'interpretations de la Constitution qu'il y a d'interpretations de la Bible. Chaque citoyen doit apprendre à comprendre ce document complexe et cependant imprécis. C'est une question de devoir civique de se former à la connaissance pour maintenir une liberté américaine durable. Il est également essentiel de se préparer au style capitaliste du libre marché où nous vivons. Tout le monde peut passer de la pauvreté à la richesse dans un laps de temps très court. Les gens peuvent demander le salaire qu'ils veulent pour leur travail tant que quelqu'un est prêt à les payer pour cela. Tout ceci ressemble à une société parfaite quand on regarde les choses sous cet angle. Ce n'est pas parfait. La liberté que permet la Constiution est floue, et au lieu d'apprendre la Constitution et sa philosophie sous-jacente, nous refusons d'apprendre quoi que ce soit.

Notre système scolaire me rappelle la façon dont on nourrit un bébé. Et quand le bébé vomit la nourriture, on appelle ça alimentation. Ce n'est pas parce qu'un enfant peut mémoriser et recracher les noms et les dates du cours d'histoire qu'il peut appliquer ces connaissances à la vie. Après nos études, nous devenons paresseux et cessons d'apprendre, notamment au sujet de notre gouvernement et de l'économie. Dans un gouvernement basé sur la libre pensée et une économie fondée sur la responsabilité personnelle, avec une population qui refuse de penser librement ou d'en apprendre davantage sur les finances, il ne faut pas s'étonner que le peuple américain ait l'impression que leur gouvernement et leurs banquiers ont profités d'eux.

Quelles sont vos phrases fétiches sur l'Amerique ?
L'Amérique est un pays du tiers monde avec beaucoup de technologie.

Les Américains préfèrent la formule choque au raisonnement qui se tient.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus en Louisiane ?
En ce qui concerne la Louisiane, j'aime la nourriture. Toute personne souhaitant venir ici doit être prête à manger. Mon plat préféré est le gumbo. Une marmite de gumbo mijote sur la cuisinière pendant que je tape ce texte.

Votre saison préférée ?
Nous n'avons véritablement que deux saisons ici : chaud et humide ou froid et humide. Je crois que je préfère le froid. Si vous n'aimez pas le temps qu'il fait, attendez cinq minutes car ça peut changer !

Que feriez-vous visiter à des touristes francophones ?
Je conseille aux touristes de venir pour Mardi Gras, mais pas la peine d'aller à la Nouvelle-Orléans (c'est là que nous envoyons les touristes). Allez à Mamou pour Mardi Gras. C'est une sacré expérience, et c'est là que vont les Louisianais.

Vous préférez la Louisiane aux autres Etats des Etats-Unis ?
De tous les États des États-Unis, la Louisiane est l'un des pires. Le pire en criminalité, pour l'éducation, la coruption politique et la pauvreté. La seule raison pour laquelle je n'ai pas bougé est le manque d'opportunité. Malgré tous ces problèmes, la Louisiane compte les gens les plus sympathiques des États-Unis.


Votre livre préféré ?
Mon livre préféré est la Bible, mais pas pour des raisons religieuses. En ce qui concerne les romans, mon préféré serait la Trilogie "Crucifixion en rose" de Henry Miller (comprenant Sexus, Plexus et Nexus).






Aimeriez-vous visiter Lyon ?

Ma femme et moi aimerions visiter Lyon. Nous aimons voyager et faire l'expérience de différentes cultures. Cela semble aussi cliché, mais c'est vrai.

Je remercie notre ami pour ces réponses.

Bien sûr chers lecteurs j'attends vos commentaires !

Pour en savoir plus sur les Américains en général et leur façon de penser je vous conseille de lire Sacrés Américains ! Nous les Yankees on est comme ça, de Ted Stanger.
C'est une très bonne introduction pour comprendre ce peuple. Idéal pour préparer un voyage, long ou court. On rit, on s'étonne... Facile à lire car c'est un journaliste qui écrit et non un sociologue. L'auteur a aussi écrit Sacré français ! http://www.decitre.fr/livres/Sacres-Americains-Nous-les-Yankees-on-est-comme-ca.aspx/9782070319053

Les prochains billets porteront sur notre Noël en Floride avec des photos et des vidéos comme toujours exclusives !!

P.S. : c'est la saison des écrevisses ! Elles sont fraîchement récoltées et préparées à la mode Cadienne (épicées) pour notre plus grand plaisir. On s'en ait fait une ventrée... Voici une photo pour vous donner l'eau à la bouche :

dimanche 9 janvier 2011

L'école de Roland

Comme promis, voici une rapide visite de l'école de Roland. Je me suis introduite à plusieurs reprises dans l'école, en toute légalité, afin de lire une histoire à des petits ou encore présenter Lyon à des grands. Vous allez également voir l'installation du Festival du livre en français qui a eu lieu fin novembre 2010. Suivez- moi !

Tout d'abord, il faut passer à l'administration pour donner son nom et dire pourquoi on est là. La plupart des visites émanent des parents qui viennent manger avec leurs enfants à la cafétéria... On vous donne un autocollant :

L'autocollant à mettre pour circuler à l'école quand on n'est pas professeur.
C'est à la photocopieuse, à l'administration, que vous trouverez Roland avant les cours.

Ensuite on va dans les couloirs. C'est un vrai labyrinthe ! Il y a des lignes de couleurs au sol qui indiquent où les enfants doivent marcher pour retrouver leur classe. Les déplacements se font donc en file indienne et en silence pour aller en cours de musique ou à la salle des ordinateurs.

Un petit tour à la cafétéria, où il fait toujours 5 degrés de moins que dans les classes.Vous allez mesurer l'étendu du dépaysement :
Tout d'abord, on passe prendre une petite bouteille de lait avec différents arômes, un plateau avec des compartiments (ni vaisselle, ni verre) et une fourchette ou une cuillère selon les repas prévus. Le couteau n'a pas droit de citer même pour la viande.Il semble que ce soit pour des raisons de sécurité. Pour l'eau, il y a les fontaines.
Puis des personnes (janitors) vous servent. Les adultes ont droit à du rab par rapport aux enfants. Ensuite, le professeur est censé s'assoir au bout d'une grande tablée où toute la classe s'installe.
Les haricots, la purée sont surprenemment épicés mais c'est normal au pays Cadien.
Le traditionnel deux tranches de pain (américain) et de la garniture au milieu revient assez souvent. Les jours de fête il y a du gumbo (cf. billet du 26 octobre 2010).
Service et repas prennent environ 25 minutes.
Pour faire passer 700 élèves, les petits mangent à 10H30 et les plus grands à 12H30.

Après le repas, retour dans la classe :
Quand on arrive près de la classe et dans la classe on se rend vite compte de l'importance des décorations. Beaucoup de posters sont affichés et un tableau de bienvenue est créé. Avant que l'école commence au mois d'août, les maîtres passent un à trois jours à préparer le "look" de leur classe.

Roland a des enfants entre 10 et 11 ans (5ème grade). C'est une école qui a été construite il y a peu et bénéficie de pas mal de moyens par rapport à d'autres en Louisiane. C'est pourquoi vous verrez par exemple un tableau numérique interactif au mur de la classe.

Pour préciser les choses, il faut vous expliquer que l'école est publique et que Roland n'enseigne pas que le français. En tant que professeur d'immersion, il donne des cours de maths, sciences (le programme est ambitieux puisque certaines notions sont du niveau Terminale en France), histoire (des US et de la Louisiane), géographie et français. Sa collègue américaine intervient uniquement pour le cours d'anglais, 2h par jour. Ses élèves sont en immersion depuis qu'ils ont 4 ans, le début de l'école ici. Ils comprennent donc très bien quand on leur parle même s'ils ne sont pas bilingues. Leur façon de s'exprimer n'est pas parfaite car la plupart ont des parents américains qui ne parlent que l'anglais à la maison.Mais ça reste impressionnant de pouvoir communiquer avec eux en français !

Ce programme d'immersion existe grâce au CODOFIL, une agence qui s'occupe du recrutement des professeurs, principalement en Belgique et en France. Au début du XXème siècle, le français a été interdit en classe en Louisiane. Les petits Cadiens se faisaient sévèrement punir s'ils parlaient français à l'école (comme les petits bretons en France). Leurs parents ne parlaient que français pour certains ! C'est comme ça que beaucoup de Cadiens ont finit par avec honte de parler une autre langue. Encore aujourd'hui on rencontre des Cadiens qui n'osent pas parler français. Pourtant on compte 700 000 Cadiens en Louisiane. Ils représentent la plus importante minorité parlant français aux USA. C'est aussi pour ça qu'il faut les encourager à parler leur langue et surtout ne pas corriger leur français. Ils ont des expressions différentes de nous et des mots qu'on ne connaît pas. A nous d'apprendre ce nouveau vocabulaire et d'exercer notre oreille à cet accent fleuri.

A Vermillion Ville, un musée en plein air qui reconstitue un village Cadien du début du XXème siècle, on visite l'école. Voici une photo de l'intérieur :

La dernière ligne écrite au tableau est un exemple de punition infligée aux enfants Cadiens.

Autre sujet de dépaysement, la tenue à l'école :
Comme l'a dit Elsa dans son interview (20 déc. 2010), chaque école a un "dress code". C'est plus souple qu'un uniforme mais donne un certain nombre de règles vestimentaires. C'est pourquoi la couleur de ses chaussettes est si importante ! Les professeurs aussi sont obligés de s'habiller d'une certaine façon, particulièrement les hommes. En gros, Roland ne peut pas s'habiller en jean ou en pantalon à poches ou avec des rivets. Il a donc fallu qu'on fasse des courses pour habiller monsieur quand on est arrivé en août 2010 ! On est d'abord allé au Walmart puisque c'est à côté de chez nous. Voyiez le résultat :

Désolée mais cette image ne veut pas se mettre dans le bon sens, Roland étant plus long que large ?!
Bon c'est vrai qu'il n'a pas la taille standard des américains mais on n'a rien trouvé d'autre que des pantalons qui le faisait ressembler à un pingouin. On a essayé d'autres endroits qu'on nous avait conseillés mais le choix était réduit pour sa taille "small" et rien n'allait. Soit ça ressemblait à un sarouel, soit à la pêche aux moules, soit les coutures étaient mal placées et le boudinaient.

On a finit par aller dans un centre commercial genre La Part-Dieu pour trouver des pantalons de marque italienne très bien coupés. Roland ne s'habille plus qu'en italien depuis. Jugez par vous-même :


Il italiano  nella sua casa !



Il Italiano nella sua scuola classe
Le vendredi par contre, relâche ! parce que c'est "Jean's day". Les professeurs et élèves peuvent porter un jean moyennant la modique somme de $1 (700 élèves dans cet établissement) à donner pour la caisse de l'école. C'est le moment de coordonner avec un magnifique T-shirt de l'établissement ou le T-shirt de l'immersion vendu par l'association de parents "Les amis de l'immersion " :


Allez les Mustangs (mascotte de l'école) !
 Dans d'autres écoles ils ont juste droit d'enlever la cravate le vendredi ! En fait toutes les écoles sont différentes.

Aussi, chaque professeur et élève portent un I.D., c'est à dire leur carte d'identité de l'école. Dessus, il y a une photo d'identité, un code barre, le nom et prénom et le niveau de la classe (grade). On doit se faire scanner le code barre avant chaque repas.
On dirait un agent de la CIA avec son badge haute sécurité.
Quand on parle toute la journée il faut boire aux fontaines disposées dans les couloirs : 
Ces fontaines ne vous rappellent pas les films américains ?
On termine la visite par la bibliothèque :
Voici quelques photos du Festival du livre en français que j'ai aidé à organiser pour les classes d'immersion et FLE (Français comme seconde langue). Elles sont prises avant la foule car on voit mieux les livres. Cependant, on a eu beaucoup de monde et les livres ont été commandés en nombre. Un vrai succès quoi !




On a même eu la chance d'avoir un monsieur Cadien pour lire une histoire aux enfants lors de la Fête Familiale :


Voila, si vous avez des questions posez les dans les commentaires.
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Le prochain billet sera l'interview de mon banquier, un homme formidable ! A la semaine prochaine.